dimanche 29 mars 2015

Littérature #26 - L'art de l'oisiveté (Hermann Hesse)


Bonjour les curieux! J'espère que vous allez bien. Moi, je suis très heureuse de vous retrouver aujourd'hui avec une chronique littéraire complète.

Les fidèles assidus auront remarqué le cycle de "citations du mercredi" consacré à L'art de l'oisiveté d'Hermann Hesse. Vu la place qu'il a pris sur le blog avec ses mots, il me semble plus que nécessaire de vous le présenter davantage lui et son art de l'oisiveté.

Alors, c'est partiiiii!


L'auteur

 

Hermann Hesse est un auteur allemand né en 1877. Décédé en 1962, il a eu une vie artistique bien remplie puisqu'il a été romancier, poète, essayiste et peintre. Il a obtenu plusieurs prix dont le prix Nobel de littérature en 1946. Très tôt dans l'adolescence il présenta des troubles bipolaires. Dès 1896, il travailla dans une librairie et se plongea, après ses heures de travail, dans différentes oeuvres (Goethe, Lessing, Schiller). Son premier poème fût publié dès 1896. Jusqu'en 1904, il continua à travailler comme libraire tout en publiant des poèmes et même un recueil en prose. Le succès ne fût pas au rendez-vous, mais, heureusement, son éditeur croyait en lui. Progressivement, il commença à générer des revenus de ses oeuvres et il devint écrivain à temps plein en 1904 grâce à Peter Camenzind.

La même année, Hesse épouse une photographe avec qui il aura trois enfants. Leur couple connût vite des difficultés au point que Hesse s'installa seul dès 1919. Avant ça, il participa à l'effort de guerre, mais exhorta ses compatriotes à ne pas faire l'apologie du nationalisme, ce qui lui valut de nombreuses critiques. Hesse entame alors une psychothérapie et fréquente assidûment Carl Gustav Jung.

En 1924, il fait un deuxième mariage, avec une suisse et en profite pour prendre cette nationalité. Nouvel échec puisqu'en 1931, il s'installe avec celle qui deviendra sa troisième épouse.

C'est en 1927 qu'il publie son ouvrage majeur: Le loup des steppes. J'en reparlerai sur le blog dans une prochaine chronique.

L'auteur vit arriver avec effroi la deuxième guerre mondiale et la montée du nazisme en Allemagne, il l'exprima haut et fort, à sa manière, par exemple en mettant en avant les auteurs juifs. Cela lui valut un boycott de la part de la presse dès 1935 déjà! Le jeu des perles de verre, le livre qui lui valut le prix Nobel, est le résultat des réflexions que Hesse eut de cette période.

Après la guerre, sa créativité déclina, il écrivit encore des poèmes et des nouvelles, mais consacra la plupart de son temps à répondre à son abondant courrier. Il avait su, de son vivant, être considéré comme un homme emprunt de sagesse. Ce n'est pas pour rien que Le loup des steppes, notamment, est considéré comme un récit initiatique d'importance. Toute l'oeuvre de Hesse est marquée par le cheminement que l'être humain peut faire en lui-même, vers lui-même (le travail de Jung l'a énormément marqué). La spiritualité de l'auteur transpire par tous ses mots. Il met en avant également, très tôt, les dérives de l'industrialisation et de l'urbanisation.

Il semble que Hesse fasse partie de ces auteurs qu'on adore ou qu'on déteste. Soit on crie au génie, soit à la daube totale. Il faut savoir également que sa prose a un côté essayiste assez prononcé.


 

 

 

La couverture


L'auteur simplement, sur une photographie en noir et blanc datant de 1946 et qui, je suppose, est censée représenter une certaine image de l'oisiveté...






Le quatrième de couverture

"Ces propos rédigés au gré des circonstances dans un style un peu léger, souvent teinté d'ironie, possèdent une signification commune: ils combattent cette religion à la mode qui, en Europe comme en Amérique, glorifie l'homme moderne souverain, auteur de tant de réussites.


Ecrits entre 1899 et 1959, les textes réunis ici parlent de musique, de peinture, de livres, de villes, de paysages, de rencontres avec des hommes. A travers eux, Hesse définit sa position face au monde contemporain et propose un nouveau rapport à l'existence, qu'il nomme "l'art de l'oisiveté". Prônant l'humour, le scepticisme, l'esprit critique, bref, la liberté de l'individu, il touche à l'essentiel, ce qui explique pourquoi ces textes sont aujourd'hui encore si actuels."


L'histoire

 

Il ne s'agit pas d'un roman et encore moins d'un recueil de nouvelles. L'art de l'oisiveté est un recueil de propos, de réflexions, de pensées qu'Hermann Hesse a rédigé au cours de sa vie et plus précisément entre 1908 et 1959. A travers les textes de l'ouvrage, on peut se faire une idée précise de la position de Hesse face au monde contemporain. La force de ce livre est que les propos de l'auteur, d'après moi, sont d'autant plus percutants et valables aujourd'hui, en 2015. Et nous prouvent par A + B que ce monde "contemporain" sentait le souffre dès le départ.


Comme je l'ai dit dans le portrait de l'auteur, il met très tôt en avant les dérives de l'industrialisation et de l'urbanisation. Si vous me suivez régulièrement, vous savez que c'est un sujet qui me tient à coeur. C'est en ce sens que L'art de l'oisiveté, d'après moi, regorge de pépites. Vous pouvez en retrouver certaines par le biais des citations du mercredi, en cliquant ici.  

Autres sujets qui me tiennent à coeur également, la spiritualité et le chemin intérieur. Hesse met en avant, à travers L'art de l'oisiveté, l'expérience des sens pour atteindre la plénitude. Tous ces passages où il décrit ces petites choses du quotidien qui le font vibrer, ce lien viscéral et vibrant à la terre et à la nature prouvent le talent de l'auteur à décrire les sensations intérieures qui l'habitaient.

Bref, sous prétexte de parler d'oisiveté, Hesse ratisse large, mais pour revenir à l'essentiel, toujours. Dans une société dont la valeur toute puissante, le dieu absolu est le travail/tripalium, l'oisiveté sonne presque comme un gros mot: on pense paresse, parasite, inutile. Lisons et relisons donc cet art de l'oisiveté, mettons-le en parallèle avec Les Banksters de Marc Roche ou avec La caste cannibale  - Quand le capitalisme devient fou de Sophie Coignard et Romain Gubert. Regardons autour de nous simplement. Et si vous habitez Bruxelles, je vous invite à vous poster un matin entre 7h30 et 8h00 dans le couloir qui mène de la salle des guichets de la gare de Bruxelles central au métro et d'observer. De là, vous verrez notre monde occidental dans ce qu'il a de plus pathétique.




En conclusion, ce livre m'a fait vibrer. Tous les textes ne m'ont pas semblé égaux en qualité, certains m'ont un peu ennuyée, mais il y a tellement de pépites dans ce livre! A conserver précieusement dans sa bibliothèque et à relire régulièrement. En plus des nombreux passages que je qualifierais d'éclairants, je vous conseille particulièrement les textes "Mise à mort", "Extrait du journal de Martin" et "Recueillement".

J'espère que vous aurez été heureux de retrouver une chronique littéraire complète! Je ne sais pas encore quel sera le sujet du prochain article parce que j'ai tellement de choses à vous raconter!!!

Je vous souhaite plein de courage et d'énergie pour la semaine à venir.

Soyer curieux et à très vite sur le blog!

Ness Butterfly






L'art de l'oisiveté de Hermann Hesse, traduit de l'allemand par Alexandra Cade (2007)

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