vendredi 10 janvier 2014

Littérature #10 - Demain (Guillaume Musso)




Demain...

... est un autre jour, du moins je l'espère pour toi Guillaume





Bonjour les curieux! Heureuse de parler bouquin avec vous ce weekend!  Ceux qui me suivent sur Facebook savent déjà que mon article ne sera pas hautement positif. Ma ligne de conduite sur ce blog: ne pas casser pour casser et surtout ne pas critiquer de manière négative pour le plaisir, il faut un réel avis derrière. C'est aussi pour ça que je ne vous parle pas ici de tous les livres que je lis. Il y en a qui me plaisent ou qui ne plaisent pas et pour lesquels je n'ai absolument pas d'inspiration chroniqueuse. Et d'emblée, quand un livre ne me plaît pas, je réfléchis à deux fois avant de prendre la plume. Ici, j'ai tellement fait des bonds, j'ai tellement été déçue que la meilleure thérapie est de partager ça avec vous je crois.


L'auteur


Guillaume Musso, c'est "le nouveau Marc Lévy". Vous avez peut-être déjà lu ce poncif quelque part. Très tôt dans sa carrière, il a été associé à Levy et même mis en concurrence évidemment, c'est tellement plus drôle comme ça. Même type d'écriture qui a été jugée "simple" et "populaire", même recours au fantastique (bien que Musso en a fait une véritable marque de fabrique depuis), même arrière-fond d'histoire d'amour un brin sirupeuse. On a même dit de Musso que sa force était de pouvoir amener à la lecture des gens dont le cerveau étaient lobotomisés par la télévision. Bon tout ça, je l'ai lu, je vous transmets l'info, ça n veut pas dire que je suis d'accord. Musso est prof de sciences économiques et sociales et a commencé à écrire alors qu'il était étudiant. A dix-neuf ans, il a vécu quelques mois aux Etats-Unis, ce qui explique sans doute que ses intrigues se passent le plus souvent par là-bas. Son premier roman, Skidamarink, publié en  2001, était un thriller sous forme de jeu de piste. L'auteur, tout en gardant les ingrédients "fantastique" et "histoire d'amour" semble injecter désormais une dose de thriller dans chacun de ses derniers livres.

A trente-neuf ans, il a déjà publié dix romans et est aujourd'hui un des romanciers français les plus vendus. Deux de ses ouvrages, "Et après" et "Parce que je t'aime" ont été adaptés au cinéma. Les droits de "Seras-tu là" ont également été achetés. Musso fait partie de ces écrivains qui publient un livre par an.


Le quatrième de couverture

Emma vit à New York. A 32 ans, elle continue de chercher l'homme de sa vie. Matthew habite à Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa fille de quatre ans. Ils font connaissance grâce à Internet et bientôt leurs échanges de mails les laissent penser qu'ils ont enfin droit au bonheur. Désireux de se rencontrer, ils se donnent rendez-vous dans un petit restaurant italien de Manhattan. Le même jour, à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte du restaurant. Ils sont conduits à la même table et pourtant... ils ne se croiseront jamais. Jeu de mensonges? Fantasme de l'un? Manipulation de l'autre? Victimes d'une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'un simple rendez-vous manqué.

La couverture


Elle est épurée, élégante, "classe" je dirais. Si ce n'est un détail qui a interpellé un CA (*curieux anonyme) à juste titre d'ailleurs selon moi: la place que prend le nom de famille de l'auteur sur la page! C'est à peine si on voit le titre du livre. Doit-on en déduire qu'on nous vend ouvertement le produit Musso plutôt qu'une histoire, un roman? A vous de juger... Je note que le nom de famille de l'auteur a toujours pris pas mal de place sur les couvertures de ses livres (j'ai vérifié), mais avec Demain, on a atteint des sommets (de mégalomanie?).


L'histoire

Comme d'habitude, je vais veiller à ne pas trop déflorer l'intrigue. Que dire de l'histoire en elle-même? Ma foi, elle n'est pas désagréable, je pense d'ailleurs que toutes les idées de base se valent pour écrire un roman. L'important c'est ce qu'on va en faire. Et là, encore une fois, tout est affaire de goûts personnels. Je suis tout à fait capable de lire un livre, de ne pas aimer ou de ne pas accrocher sans pour autant trouver le livre mauvais, sans être agacée par des détails. C'est en fait extrêmement rare qu'un livre m'agace et c'est pourtant bien ce qui est arrivé avec Demain.


Je vais essayer d'être claire et méthodique en vous listant les points qui m'ont détournée de l'intrigue.

1. Le placement de produits:  marques de voitures, de téléphones et d'ordinateurs, tout ceci semble bien commun, fait partie de notre quotidien, alors pourquoi pas dans un livre me direz-vous. A petite dose, pourquoi pas, mais personnellement, je préfère qu'on me parle du coupé gris ou du break familial rouge plutôt de que réduire le moyen de locomotion à sa marque. Quel est l'intérêt de faire l'impasse sur ce genre de descriptions? Et moi, une "camaro", je ne vois pas ce que c'est, même après avoir lu le mot dix fois dans le même ouvrage. Quant au ordinateurs, portables ou pas, quel est l'intérêt d'en connaître la marque? En plus, je trouve que ça réduit la part d'imaginaire. Le sommet est atteint quand l'auteur place "M&M'"s. Déjà il nous avait fait le coup avec les Oréo, dans L'appel de l'ange (c'était un véritable matraquage, au point qu'à la fin du bouquin, j'ai acheté et mangé ces biscuits hyper chers et caloriques pendant trois semaines).  Ne sommes-nous pas suffisamment noyés sous la publicité, sous les marques? Regardez un peu autour de vous, qu'advient-il de nos espaces culturels? Même mon fils qui sait lire depuis deux mois à peine s'en rend compte, lui qui m'a dit sur le trajet de l'école: "Où sont les mots maman? Il n'y a que des marques de produits partout!" Ma question est la suivante: est-ce que Musso place ces produits volontairement? Y gagne-t-il quelque chose? Ou est-il à ce point influencé par la société de consommation que les folders publicitaires ont remplacé le dictionnaire dans sa tête? Un autre CA me fait savoir que ce processus est très répandu dans la littérature américaine sans que ça soit du placement de produits pour autant. Je vais donc devoir creuser. Mais si quelqu'un s'y connaît un peu et souhaite réagir, j'attends ses lumières avec plaisir! Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas naturel qu'autant de marques soient couchées sur le papier au cours d'un processus créatif d'écriture de romans.



2. Les poncifs et autres stéréotypes
Je vous en cite deux qui m'ont plus particulièrement interpellée.
  • "Avec son large choix de produits bio, le Whole Foods visait une clientèle plutôt aisée et écolo" (et bien sûr cette clientèle à tendance bobo mange des graines germées et boit du kombucha, wath else j'ai envie de dire? Il faudra que je vous parle du vrai coût de l'alimentation bio dans un prochain article).
  • "Elle arriva au terminal de la ligne: la station World Trade Center. Ce quartier du sud de la ville avait été complètement dévasté par les attentats. Aujourd'hui, il était toujours en travaux, mais bientôt, plusieurs tours de verre et d'acier domineraient la skyline new-yorkaise. Un symbole de la capacité de Manhattan à sortir plus fort de toutes les épreuves, pensa Emma en montant les escaliers pour rejoindre Greenwich Street. Un exemple à méditer..." (suis-je la seule à avoir envie de crier "au secours?" Combien de fois n'a-t-on pas lu ce genre de phrases "prêt-à-penser" depuis les attentats?).

3. Les aberrations
A la page 355, il se passe un truc et on se demande juste pourquoi Emma n'utilise pas internet???? Toute l'histoire repose sur l'infomatique, les mails, les ordinateurs et bien sûr la toile qui a eu sa part d'utilité aussi. Mais là, d'un coup, la seule solution est d'appeler le mari de la psy en vacances au ski qui est resté en bas de la piste pendant que sa femme est en haut... Quelque chose m'échappe. Or sachez que je ne suis pas du genre à voir les aberrations, quand je suis prise par une histoire, on peut me faire avaler n'importe quoi. Pas besoin que l'histoire soit réaliste si l'ensemble possède une certaine crédibilité.


4. La psychologie des personnages
J'aime bien quand la psychologie des personnages est fouillée, je trouve que c'est plaisant. Mais ce n'est pas indispensable non plus. Je peux parfaitement adhérer à une intrigue sans cet aspect. Par contre, ce qui me dérange plus c'est quand un personnage ne me paraît pas crédible dans ses réactions, psychologie fouillée ou pas. Et pour le coup, tant Emma que Matthew m'ont (trop) déstabilisée, je n'ai pas réussi à m'attacher à eux. Emma qui file chez LE coiffeur des stars pour être au top lors de son premier rendez-vous avec Matt, Emma qui dépense des milliers de dollars dans une tenue pour la même occasion, Matt qui demande de l'aide à Emma en lui proposant d'emblée de lui faire gagner beaucoup d'argent en échange. A un moment donné, chacun envisage même de faire beaucoup de mal à l'autre. Je pense que le but de l'auteur était de nous présenter des personnages présentant une palette psy assez variée justement (comme dans la réalité car nous sommes tous des êtres complexes), pas lisses et mièvres. Mais quelque chose fait que, avec moi, la sauce n'a pas pris, l'effet est même carrément celui du soufflé qui retombe.


Je suis plus que mitigée comme vous avez pu vous en rendre compte et assez remontée aussi car je me souviens avoir bien aimé les premiers livres de Musso (il faudrait peut-être que je les relise) et je suis donc déçue face à ce qui est pour moi une fameuse baisse de qualité. Je ne sais pas s'il publie annuellement par contrat ou pas, mais il gagnerait peut-être à être moins régulier afin de cultiver son talent (parce qu'il en a, j'en suis persuadée et il possède réellement son propre style). J'ai vécu le même phénomène avec Marc Levy qui m'a complètement perdue avec son Mr Daldry de bien piètre qualité (un vrai travail bâclé selon moi). J'espère que Musso ne tombera pas si bas. Bien sûr ce n'est que mon avis et je sais que bon nombre des critiques de Demain sont nettement plus positives que la mienne.



 

Et oui, je lirai encore du Musso. Je crois en son talent, je le répète, et la curiosité va certainement me pousser à vouloir savoir ce qu'il va en faire dans ses prochains romans! Je lui souhaite de se recentrer sur son art et sur son monde intérieur en tous les cas.

 


Demain de Guillaume Musso (2013)


Merci de m'avoir lue =)
Que votre weekend soit doux et n'oubliez pas... soyez curieux!


Ness Butterfly
Mes Mots En Blog est aussi sur Facebook!

4 commentaires :

  1. Je n'ai jamais lu Musso, mais le 4e de couverture de celui-ci me donnait envie de le lire...
    Enfin, en général, je me laisse souvent tenter par les résumés des bouquins ou les bandes-annonces de films, et puis, déception!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Personnellement, je suis plus souvent déçue après m'être laissé tenter par une bande-annonce plutôt que par un 4e de couverture... mais bon, ça arrive et il ne faut pas se décourager pour autant. Surtout, continue à être curieux/curieuse! ;)

      Supprimer
  2. Très bonne chronique, que je trouve très juste et honnête. Personnellement, Musso comme Lévy me gonflent, et on sent clairement, comme tu le dis, que ce qui est mis en avant n'est pas leur histoire ou leur plume, mais juste leur nom, comme un produit. Je ne comprends pas pourquoi ils sont autant plébiscités... ça m'échappe!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci! Je trouve tes chroniques très pro, je suis donc d'autant plus flattée par ton commentaire!

      Supprimer