samedi 5 septembre 2015

Diary (ma vie est un labo) # 6 - De la coupe menstruelle au flux instinctif


Mes chers curieux,

Tout d'abord, je tiens à vous remercier de tout coeur pour vos très nombreuses visites sur le blog cette semaine, je suis vraiment très très touchée! J'espère que vous reviendrez tout aussi nombreux après cet article :)

Dans mon dernier post, je vous annonçais une série d’articles bilan, mais aussi une chronique au sujet « brûlant ». J’aurais aimé ne pas le qualifier de la sorte, croyez bien, ce n’est pas pour attirer le chaland, mais parce qu’à mon grand étonnement, le sujet que je vais évoquer aujourd’hui semble déchaîner les passions et surtout les velléités. Il s’agit réellement d’un sujet polémique, malheureusement.

J’ai décidé de vous parler aujourd’hui de ce qu’on appelle « le flux instinctif libre ».
Qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de réussir à gérer ses règles, comme on gère son urine, c’est-à-dire qu’on se retient jusqu’à un certain point avant de se soulager… aux toilettes.




Je parle volontairement de flux instinctif dans le titre de ma chronique parce que l’appellation « flux instinctif libre » ne trouve pas écho en moi. « Libre » me donne l’impression au contraire que le flux est libre de ce qu’il veut et s’écoule comme bon lui semble, hors, c’est un peu l’inverse quand même. Par contre, la femme est libérée de ses couches, ça oui… et oh wawww, quel sentiment de liberté !


Mais commençons par… le commencement.

Il y a quelques mois, je vous expliquais (ici) que je n’utilisais plus de serviettes hygiéniques, que j’avais découvert la coupe menstruelle et que j’en étais très contente. J’avais pour habitude d’attendre que le sang coule avant de la placer, je ne l’ai jamais mise préventivement, comme je pouvais le faire parfois, avec les serviettes hygiéniques et ce par facilité, pour éviter les « accidents », etc.

Avec le temps, j’ai fini par adopter une sorte de réflexe de type « je sens les premières gouttes, je me retiens, je file aux toilettes  mettre la cup dès que possible ». Je n’avais pas ce réflexe avec les serviettes, si je n’en plaçais pas une à l’avance, ma foi, je laissais mes sous-vêtements se tacher comme si c’était inéluctable…

Sans réaliser du tout ce qui était en train de se passer, je me suis rendue compte aussi que mes règles n’apparaissaient plus la nuit. Ensuite, je ne vous cacherai pas que j’ai eu un petit incident avec la cup : un soir, fatiguée, j’ai été maladroite et je ne l’ai pas bien placée, je me suis fait assez mal, suffisamment pour me refroidir un peu en fait. Le cycle qui a suivi, j’ai senti mes règles arriver, je suis allée aux toilettes, j’ai évacué en urinant. Ce n’était pas abondant, j’ai décidé d’attendre avant de mettre la cup… je ne l’ai plus jamais remise.  Pendant trois cycles, je n’ai utilisé aucune protection. Je n’ai pas tâché mes sous-vêtements une seule fois la nuit, quelques fois la journée, mais pas grand-chose. Il m’arrivait d’évacuer pas mal de sang en allant uriner (mes règles peuvent être abondantes), au point de m’impressionner et de m’inquiéter. Pour tout vous dire, je me suis montrée longue à comprendre. J’ai cru que j’avais un souci de santé, quelque chose qui obstruait l’écoulement « normal » de mes menstruations. Pour être complète, sachez que je ne prends plus de contraception depuis plusieurs années.

Et puis…. Et puis la lumière fût. J’ai découvert par le plus grand des hasards Pauline et sa chaîne « Les cheveux de Mini » et et et... sa vidéo sur le flux instinctif libre. Je profite de cet article pour la remercier et lui dire que je la suis régulièrement depuis pour ses connaissances en matière d'ingrédients de cosmétiques.  Je vous invite à découvrir sa chaîne ici et son blog ici. J’ai ensuite fait des recherches sur le net, lu et écouté d’autres témoignages. Pas de doute, c’était ce qui m’arrivait, sauf que, chez moi, ce n’était pas du tout une démarche consciente et volontaire. J’aurais voulu le faire consciemment que je n’y serais sans doute pas aussi bien arrivée.



Vu le déversement de remarques négatives, d’insultes, voire d’injures (dont certaines vraiment terribles) que Pauline des Cheveux de Mini a subi et doit encore subir, j’ai eu envie, moi aussi, de partager mon expérience et de crier haut et fort que ce n’est pas de la blague, que ça marche, que ce n’est pas dangereux comme certain(e)s le pensent.

Entretemps, le sujet est parvenu jusqu’aux médias de masse et j’ai été effarée de constater avec quel mépris et parfois quelle agressivité les journalistes aussi, souvent des femmes d’ailleurs, traitaient le sujet et prenaient de haut les blogueuses adeptes de la pratique. Je n’avais pas envie de me retrouver prise là-dedans, j’avoue, mais surtout de surenchérir en surgissant comme une pièce rapportée. De plus, étant donné que je devais faire mon bilan annuel chez ma gynécologue, j’ai d’abord préféré attendre d’avoir été examinée, pour être certaine que tout allait bien de ce côté-là avant de vous en parler, je ne sais pas moi, au cas où un polype jouerait les barrages… Et tout va bien.


Je vous ai évidemment concocté un petit journal du premier cycle où j’ai vécu le flux instinctif en pleine conscience.

Jour 1 - mercredi soir : démarrage en douceur, après une légère douleur dans le bas ventre, je sens que mes règles vont arriver. Je perds un peu de sang en m’essuyant après être allée uriner.

Jour 2 – jeudi : dans l’après-midi, je sens que c’est parti et que mes règles arrivent vraiment. Je suis dans un hôpital en train d’attendre qu’un proche revienne de la salle d’op' et je tiens à être là à son retour, je n'ose pas aller aux toilettes et je contiens donc le flux. Avec succès. Rentrée chez moi quatre heures plus tard, mes sous-vêtements sont un peu tachés, mais j’évacue longuement le reste aux toilettes. Je vide bien ma vessie avant de me coucher et libère mon flux.

Jour 3 – vendredi : Le matin au réveil, une légère goutte dans mes sous-vêtements, je libère mon flux dans les toilettes. Je referai la même chose avant de partir au travail et en arrivant, ainsi que deux autres fois avant midi. Je fais exprès de me rendre régulièrement aux toilettes, pas forcément pour uriner, mais pour libérer mon flux. Et ça marche.

Mes règles se terminent durant le weekend (comptez donc cinq jours de menstruation), je me rends de moins au moins aux toilettes vu que le flux se tarit peu à peu.




Bilan et réflexions après plus de 6 mois de flux instinctif dont trois vécus en pleine conscience.

1. Je n’ai aucune envie de revenir en arrière. Je trouve ça incroyable de pouvoir gérer mon flux comme je gère mon urine. C’est difficile à décrire, mais effectivement, je me sens « différente », plus libre, plus forte j’ai envie de dire, moins dépendante, plus en phase avec moi-même et la femme que je suis surtout. Je me dis aussi que la nature a bien tout prévu, à la base, et ça me laisse sans voix. Je pense au flot de serviettes et de tampons jetables qui pollue la nature, mais aussi à la femme à travers l’histoire… je me demande comment on en est arrivé là et quand.

2. Je n’ai jamais aucun souci de fuite la nuit. Ca peut m’arriver en journée, de manière plus ou moins forte, soit que je me retiens trop longtemps et je le sais pertinemment à l'avance, soit que je ressens certaines émotions…

3. Pratiquement, je ne porte aucune protection. J’ai une série de culottes que je ne mets que pendant mes règles, si elles sont un peu tachées, ce n’est pas grave, un tour à la machine à 60° et on n’en parle plus.

4. En cas d’  « accident », si je ne sais pas me changer, j’essuie ma culotte avec du papier toilettes. Avoir un peu de sang dans le fond de votre culotte pendant quelques heures ne porte pas à conséquence au niveau des mauvaises odeurs qui pourraient émaner de votre personne.

5. Effectivement pendant mes règles, je ne porte pas de jupe et pas de pantalon léger, un bon jeans me suffit.

6. Si je devais absolument contenir mes règles de manière artificielle, je mettrais ma cup, mais je n’ai pas du tout envie. A terme, j’investirai peut-être dans quelques protège-slips lavables, mais ce n’est pas certain, je dois encore y réfléchir et voir comme ça évolue, peut-être  que je n’aurai plus d’incident du tout et de toute façon, ils sont très légers.

7. Je travaille à temps plein à l'extérieur de chez moi et ça ne m’empêche pas de pratiquer le flux instinctif, je vais aux toilettes quand j’ai besoin d’y aller et si c’est toutes les trente minutes par moment et bien c’est ainsi. Je dois toute façon boire 2 litres d'eau par jour pour le bien de ma vessie et de mes reins donc je suis quelqu'un qui va aux toilettes régulièrement ^^ Les aller et retours aux w.c. varient car mon flux varie aussi, notamment en fonction du moment de mes règles. Je prends également mes précautions et je passe aux toilettes à certains moment-clés, un peu comme pour ma vessie en fait.

8. Ce que je ressens quand je me « retiens » ? La plupart du temps rien, c’est comme pour la vessie. Quand le moment d’aller évacuer se rapproche, je sens bien que mon périnée est contracté. Je pense que plus on travaille son périnée, plus c’est facile de se retenir.

9. Le monde tel qu’on nous le présente, notre fonctionnement d’être humain tel qu’on nous l’apprend me pose question depuis un bout de temps maintenant. Je ne peux que constater, au fil de mon cheminement, de mon questionnement, de mes expériences de vie que nous évoluons bel et bien dans un courant de pensée unique et de formatage de notre vie de A à Z. Je pense que je ne suis pas au bout de mes questionnements et de mes surprises… La pratique du flux instinctif libre bouleverse ma conception des choses.




Voilà les curieux… Je suis la première étonnée de ce qui m’arrive. Je n’ai pas écrit cet article pour vous dire ou vous conseiller de faire comme moi, mais bien pour affirmer que c’est possible, que ça existe vraiment, que ce n’est pas dangereux ou sale. Et aussi pour apporter ma pierre à l’édifice et mon soutien aux femmes qui pratiquent le flux instinctif, autant à celles qui le disent sur la place publique et doivent faire face à toutes sortes de réactions négatives qu’à celles qui le vivent cachées quelles que soient leurs raisons.

Si vous avez des questions ou des remarques à ce sujet, vous pouvez laisser un commentaire sous cet article ou m’envoyer un mail, l’adresse se trouvant dans l’onglet « me contacter ». J'espère ne pas avoir été maladroite, avoir été claire, j'espère que Pauline ne m'en voudra pas de l'avoir citée ici, je suis un peu stressée de publier cet article, surtout vu le trafic incessant sur le blog ces derniers jours...

Allez, je clique sur "publier" et advienne que pourra...



Merci de m’avoir lue, merci pour votre saine curiosité !
Ness Butterfly

dimanche 26 juillet 2015

Voir autrement #2 - Jeremy Rifkin (La société du coût marginal zéro)



Bonjour à tous ! Je suis ravie de vous retrouver aujourd’hui pour vous parler du dernier livre que j’ai lu, en espérant vous faire découvrir des choses que vous trouverez intéressantes. Les plus attentifs auront remarqué que nous ne sommes pas dans la « bonne » rubrique, même si je n'ai pas classé cette chronique dans la rubrique littéraire, le centre du sujet est bel et bien un livre, et plus précisément un essai: « La société du coût marginal zéro - L'internet des objets - L'émergence des communaux collaboratifs et l'éclipse du capitalisme » écrit par Jeremy Rifkin. 
 
Pourquoi ne pas l'avoir classé dans la rubrique littéraire? Simplement parce qu'au-delà du livre et donc de l'essai que nous propose l'auteur, c'est une réelle réflexion que nous offre Rifkin, une vision qui sort des sentiers battus et qu’il peaufine depuis près de trente ans. S’il est économiste, il est également essayiste, mais aussi projectiviste et il partage avec ses lecteurs, depuis des années, une pensée assez construite (même si elle présente des zones non abouties qui pourrait le classe en partie dans le rang des futurologues). En tous les cas, sa pensée est différente de ce que véhiculent les mass media. Vous commencez à me connaître, c’est évidemment exactement ce que je trouve intéressant chez Rifkin. J'ai donc estimé qu'il avait sa place ici, tout comme Orwell, et que son essai tombait à point nommé pour moi qui voulais reprendre le fil de cette rubrique. Une rubrique qui, malgré son unique article jusqu'à présent, avait connu un gros succès et que certains curieux m’avaient demandé de continuer.

Je vais reprendre le même canevas que celui utilisé à l'époque et répondre aux questions suivantes:

- qui est Jeremy Rifkin?
 
- en quoi sa pensée me semble-t-elle intéressante?
 
A ces questions, j'ajouterai :
 
- mon avis sur  la pensée de Jeremy Rifkin,
 
- mon avis sur le livre,

 - et, bien sûr, les sources utilisées pour rédiger cet article (j'ai pris le pli de citer systématiquement toutes les sources utilisées dans le cadre de cette rubrique qui vous présente des chroniques bien plus fouillées et documentées).

Qui est Jeremy Rifkin ?

 

Rifkin est né le 26 janvier 1945 à Denver dans le Colorado. Comme je l'ai dit plus haut, il est économiste, essayiste, projectiviste, mais aussi maître de conférences et conseiller. Il a ainsi conseillé diverses personnalités politiques: président de l'UE, chancelière bien connue et autres premiers ministres en tout genre.
 
 
Quelques dates le concernant:
 
- 1966: il s'engage contre la guerre du Vietnam et, plus tard, contre la guerre en général.
 
- 1973: il organise une protestation de masse contre les compagnies pétrolières dans un contexte d'augmentation des prix de l'essence suite à un embargo de l'OPEP.
 
- 1977: il crée sa propre fondation de prospective, la Foundation on Economic Trends.
 
Certains disent qu'il est lui-même l'architecte de la troisième révolution industrielle dont il parle notamment dans l'ouvrage que je vous présente aujourd'hui. Cette troisième révolution industrielle a été officiellement approuvée par le Parlement européen en 2007 et est actuellement mise en oeuvre par divers organismes au sein de la commission européenne. Aujourd'hui même, des villes mettent en pratique cette révolution en suivant des master plan mis au point par Rifkin et ses équipes (Rome, Monaco, Utrecht).

 

En quoi sa pensée retient-elle mon attention ?

Jeremy Rifkin a ceci d’intéressant qu’il est un des rares à atteindre, même s’il ne fait que les effleurer, les mass media avec un discours qui annonce clairement que le capitalisme se meurt, qu’il n’est plus viable - même pour ceux qui voudraient continuer à vivre dans ce système – et que nous sommes en route vers une troisième révolution industrielle. 
 
Il explique clairement pourquoi, selon lui, le système capitaliste est comme un serpent qui se mangerait la queue et en quoi cela va changer la face du monde. Le centre de sa pensée repose sur le coût marginal zéro (les coûts et les facilités de production sont presque nul, ce qui rend les produits gratuits, ce qui tue le capitalisme) et sur ce qu’il fera naître ou dont il favorisera l’essor : les communaux collaboratifs (pratiques collaboratives du cyberespace).
 
Rifkin, en plus de son sens de l’analyse du déclin d’un "empire", a également un côté visionnaire (projectivisme) puisqu’il a développé toute une théorie sur la manière dont la face du monde va changer et dont nous allons vivre ce changement.
 
Je divise donc ses propos en deux catégories : une catégorie "économiste" que je qualifierais de « réaliste » et une catégorie plus visionnaire mais aussi dogmatique. La première catégorie rejoint mon propre mode de pensée et les conclusions que j’ai en partie tirées à force de lecture et de réflexion. La seconde, le côté visionnaire, me pousse à réfléchir plus loin, à analyser ce que Rifkin (et d’autres) nous propose et à vous livrer mon analyse.

 

Mon avis sur la pensée de Rifkin

 

Comme je l’ai dit plus haut, le discours de Rifkin sur le déclin du capitalisme qui se joue là en ce moment m’interpelle et m’enthousiasme particulièrement parce que c’est une pensée qui est peu véhiculée dans la presse quotidienne. Il l’explique bien et revient même sur sa création. 
Sa théorie des communaux collaboratifs répond à des questions et des embryons d’analyse que j’avais moi-même eus sans les approfondir. Le monde de la blogosphère et des vidéastes (youtubeurs, ...) en est un bel exemple je trouve, puisqu’on y est. En dehors de l’aspect rémunérations publicitaires (inexistantes sur ce blog et c’est une volonté claire pour l’instant), comment se faire rémunérer pour tout le contenu que nous mettons à disposition de tous ? Qui va payer, même une somme ridiculement symbolique, après avoir lu un article sur un blog ou regardé une vidéo sur youtube, quand bien même cet article, cette vidéo, aura eu une valeur ajoutée pour l’internaute ? Si je veux vivre de mon blog, ou au minimum qu’il m’aide à mettre du beurre dans mes épinards, sans passer par la publicité, que dois-je faire ? Autre exemple : je tricote un pull de manière artisanale. Je veux le vendre. Si je compte le prix de la laine, les heures de travail, qui va pouvoir me l’acheter, qui va vouloir quand on trouve des pulls en laine à bas prix parce qu'ils ont été produit en masse? 
"Une grande partie des humains, on l'a dit, sont connectés entre eux sur Internet et partagent informations, divertissements, nouvelles et savoirs presque gratuitement. Ils sont déjà entrés dans la société du coût marginal zéro."
 
Aaaah l'argent! Qu’il disparaisse fissa et peut-être que quelqu’un voudra bien échanger le pull que j’ai tricoté contre des paniers de légumes de son jardin et on aura deux heureux. Et nous voilà dans un système collaboratif! Bien sûr, je suis loin, très loin, d’être la première à y avoir pensé et Rifkin n'est pas le seul non plus: les réseaux de transition sont à pied d’œuvre en la matière. Il existe aussi les banques de temps (système des SEL par exemple). Les communaux collaboratifs ne se trouvent pas que dans le cyberespace ! Que les communaux collaboratifs naissent du déclin du capitalisme, je suis assez d’accord, par contre, ma question est la suivante: est-ce qu’ils sont liés au côté positif du déclin, c’est-à-dire le coût marginal zéro ou au côté négatif c’est-à-dire au fait qu’en ce moment l’argent se fait rare tellement il est mal réparti que les gens essayent de trouver une échappatoire, un système où même sans argent ou avec peu d'argent on peut quand même se nourrir, acquérir le minimum vital, étudier, etc?
 
Venons-en maintenant à ces petites choses qui me chiffonnent dans l'analyse rifkinienne. 
 
Point un. S’il admet sans rechigner le déclin du capitalisme, il ne franchit pas le pas de nous dire clairement ce que va devenir l’argent. En tous les cas dans le livre que j'ai lu ou alors je suis passée au-dessus. Mais j'ai vu dans mes recherches qu'il était un défenseur et un partisan de l'instauration du revenu de base.  Donc quid de l'argent? En aura-t-on encore besoin pour certaines choses ? Lesquelles ? Comment va-t-on se le fournir ?  Il me semble que nous aurons toujours des loyers à payer et un minium de biens et de services à acheter à moins de savoir quitter tout à fait le marché conventionnel. Et on fait quoi de tous ces gens qui n’ont plus d’emploi grâce à l’automatisation ? Ils se tournent vers les communaux collaboratifs. D’accord. Et s’ils ont encore besoin d’argent, ils font comment ? Pourquoi Rifkin ne consacre pas un chapitre au revenu de base ? D'autant plus qu'il le défend et qu'il pense que le monde du travail va radicalement changer: emplois très qualifiés et très bien payés d'une part et emplois très peu qualifiés et très mal payés de l'autre. La classe moyenne va ainsi définitivement s'éteindre et il n'y aura plus de travail pour tout le monde
(officiellement j'ai envie de dire, parce que c'est déjà le cas actuellement même si ce n'est pas verbalisé das les médias de masse) . Alors quid de ces aspects dans la troisième révolution industrielle?
"L'automatisation, la robotique et l'intelligence artificielle éliminent le travail humain aussi rapidement dans les services, chez les cols-blancs, que dans l'industrie et la logistique."
 
Point deux. Il ne parle pas du problème des ressources en énergie fossile et du « déclin » du pétrole. L’épuisement de nos énergies fossiles a et aura des conséquences énormes. Que représenterait/représentera le manque de disponibilité du pétrole pour notre civilisation. Le capitalisme se meurt et avec lui les ressources de pétrole qu’il a largement contribué à gaspiller. Deux problématiques différentes, mais qui sont liées et qui surviennent en même temps. Dans une vision à long terme, il me semble que les solutions envisagées pour passer à l’ère post-capitaliste ne peuvent que tenir compte de la problématique des réserves d’énergie fossiles. Sans pétrole ou même en quantité nettement moindre, nous ne serons plus en mesure de fabriquer bon nombre de choses, de circuler de la même manière, etc.
 
Je ne suis pas non plus d’accord avec lui sur sa vision de l’interconnexion virtuelle et du principe de vie privée.
 
Point trois. A propos de l’interconnexion virtuelle, que Rifkin lie au succès des communaux collaboratifs et au coût marginal zéro, je n’ai rien contre, à condition qu’on puisse se débrouiller sans elle aussi. L’autogestion, l’autonomie, j’aime bien ça moi, je trouve que c’est important. Et je ne confonds pas interconnexion virtuelle et liens sociaux, solidarité. Ici, il est question que tout notre environnement fonctionne en lien avec l’internet des objets (pour en savoir plus sur l’internet des objets, cliquez ici). Et quid si l’internet des objets se casse la figure ? Peu importe le comment et la raison. Vous me direz, c’est un peu déjà le cas aujourd’hui : si nos centrales nucléaires s’éteignent toutes, ne fusse qu’à l’échelle de mon petit pays, ça sera le chaos. Alors, pour moi, continuer dans la même logique et s’enfoncer à ce point dans cette interconnexion virtuelle, ce n’est pas aller vers la bonne alternative. Contrairement à Rifkin, ma vision de la transition, de la solution au déclin du capitalisme, c’est justement d’aller vers une plus grande autonomie (alimentaire, énergétique…), une plus grande autogestion, à l’échelle locale. Ca ne veut pas dire que je rejette l’internet des objets, simplement, s’y jeter à corps perdu, comme on l’a fait en fait avec le système capitaliste, ne me semble pas aller dans le sens d’une prise de conscience.  
 
Point quatre. Quant à la notion de vie privée, l'auteur affirme que "connecter tout le monde à un système nerveux planétaire, c'est faire passer l'humanité de l'ère de la vie privée à l'ère de la transparence"  et que "pour une jeune génération qui grandit dans un monde entièrement connecté où chaque instant sa vie est allègrement mise en ligne (...) la vie privée a beaucoup perdu de son attrait". Et bien que plus loin, il soulève pas mal de questions concernant la protection et le respect de la vie privée, il me laisse le sentiment, à travers ses mots (que je ne vais pas tous vous citer ici), que la vie privée est une simple convention sociale passée de mode et que le propre de l'homme est de vivre sur la place publique, de partager son intimité à tous les vents. Ce qui, personnellement, me dérange fortement.
 
Point cinq. Je terminerai par ce qui manque cruellement pour l’instant dans les discours de Rifkin, même si son enthousiasme, je l’admets, peut nous voiler un peu l’esprit : il n’explique pas le "comment concrètement parvenir à toutes ces solutions" qu’il nous propose, "comment mettre en place tout ce système". Tous interconnectés, tous connectés à l’internet des objets qui nous permet de profiter à loisir des ressources de notre Terre. Tous, vraiment ? Toutes les catégories sociales ? A égalité ? Quid du coût pour en arriver là ? Qui va le supporter ? Parce que malgré le coût marginal zéro, il faut fabriquer un paquet de choses : panneaux solaires, éoliennes, etc. Avec quoi ? Le pétrole qui va aller en se raréfiant et, donc, en devenant de plus en plus cher et inaccessible ? 
 
Pour compléter ma lecture, j’ai regardé quelques interventions  de Jeremy Rifkin sur le net et je n’ai pas trouvé plus d’éléments de réponse sur ces sujets (et personne ne semble avoir envie de lui poser ces questions !). Ce que je ressens dans son discours, par ailleurs très grisant, c’est : « tout est dans vos mains, il n'y a que se servir: le soleil, le vent... ». Mais ses discours me donnent également l'impression que je ne participe en rien, que je ne possède aucune clé et que j’ai tout autant de risque de me faire broyer là-bas qu’ici… Ce manque de propositions d’actions concrètes place malheureusement la théorie de Rifkin du côté du dogme. Ce n’est pas un tort bien sûr d’esquisser un portrait de l’avenir, mais il est dommage, si l’auteur ne voit pas clairement et concrètement comment y parvenir, comment tous ces éléments vont pouvoir se mettre en place pour le bien de tous, de ne pas le dire clairement, de ne pas tenir plutôt le discours suivant : "voici tous les outils que nous avons, que nous aurons sous peu entre nos mains. Réfléchissons à ce que nous pouvons faire
". Quel est le plan autrement dit ? Le bateau coule, quel est le plan ? L’île là-bas à 500km à l’air bien jolie et elle possède tout ce qu’il faut pour un monde merveilleux, mais comment on la rejoint et avec quels outils on s’y installe ?
 
Voilà beaucoup de points soulevés qui pourraient être vus ou qui sont comme des lacunes, des flottements dans la pensée de l’économiste, mais qui ne rendent pas moins sa pensée intéressante. 
 
Revenons, maintenant que j’ai fait le tour des aspects que je juge problématiques, sur tout ce que je trouve positif dans le discours de Jeremy Rifkin et sur le livre en lui-même.

Mon Avis sur le livre

 

Paradoxalement, malgré les remarques négatives que je viens de vous exposer, j’ai adoré ce livre.
Parce qu’il parle clairement du déclin du capitalisme, comme expliqué plus haut, et de ce que sont les communaux collaboratifs. Il explique également très bien ce qu'était les communaux féodaux et l'essor du capitalisme, c’est d’une clarté que j’ai rarement trouvée ailleurs.
 
Mais également parce qu’il nous présente un état des lieux très complet des moyens, neufs ou pas, en cours de développement ou pas, qui existent et qui feront sans doute partie intégrante de nos vies et/ou de celles de nos enfants. Je n’hésite pas à dire que ce livre est une grande source de savoir, à moins que vous ne suiviez ces sujets de près : lisez-le et vous ferez une mise à jour du logiciel qu’est votre cerveau !
Quelques exemples :
- L’auteur parle en détails de l’internet des objets qui reste confidentiel pour la plupart des gens (si si, j’ai testé : et au fait, tu sais ce que c’est l’internet des objets ? Le quoi ?). "En 2007, 10 millions de capteurs reliaient toutes sortes d'équipements humains à l'Internet des objets. En 2013, ce chiffre devait dépasser les 3,5 milliards. Et les projections sont plus impressionnantes encore: en 2030, indiquent-elles, 100 000 milliards de capteurs seront connectés à l'Internet des objets."
- Il prend le temps de nous parler des imprimantes 3D, exemples à l’appui. Vous trouverez beaucoup d’exemples aussi dans ce livre, il est très visuel. Un excellent point.
- Il aborde également les MOOC (cours en ligne) dont je venais justement d’entendre parler sur un blog (AnGee vous parle de son expérience MOOC sur son livroscope, ici).
- etc.
 
Enfin, c’est un livre optimiste, plein d’espoir. Il dit clairement que le capitalisme se meurt mais également qu’il faut aller vers autre chose ! Et c’est l’essentiel. Je vois à quel point autour de moi, la plupart des gens n’ont pas conscience de ça, moi-même, je trouve que je ne l’ai réalisé que tard déjà…. Pas trop j’espère, mais combien d’entre nous ou d’entre nos enfants ne seront pas préparés ?

PS: J'ai quand même envie de vous faire une remarque, Monsieur Rifkin, vous parlez dans votre livre d'un super réseau wifi gratuit pour tous: quid du danger potentiel des ondes????

"La société du coût marginal zéro - L'internet des objets - L'émergence des communaux collaboratifs et l'éclipse du capitalisme", Jeremy Rifkin, 2014, traduit par Françoise et Paul Chemla.
Est-ce que ce livre a sa place dans ma bibliothèque ? Oui


Sources:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeremy_Rifkin
https://www.youtube.com/results?search_query=jeremy+rifkin

 
J’espère que cette chronique vous aura plu et rendu curieux. 
Je demande aux personnes plus aguerries à ce genre d’analyse d’être indulgentes, je débute dans le domaine ;) J'ai en tous les cas énormément travaillé sur cet article et il fait l'équivalent de cinq à six pages texte je pense.

Merci d'avoir pris la peine de me lire jusqu'au bout =)

Ness Butterfly

lundi 29 juin 2015

Littérature #30 - Silo Générations (Hugh Howey)


Hello hello amateurs de littérature et autres curieux. Aujourd’hui, je vais enfin vous parler du troisième et dernier tome de la trilogie Silo de Hugh Howey. Il y a déjà longtemps que j’ai chroniqué les deux premiers, mais figurez-vous que le « club » dans lequel je les avais commandés n’a pas jugé bon de sortir le troisième. Et moi, j’attendais, j’attendais…  j’ai fini par admettre que je devais me le procurer autrement.  



Si vous n’avez pas lu mes chroniques précédentes sur Silo ou si vous voulez vous les remémorez, je vous invite à cliquer ici. Pareil si vous voulez en savoir plus sur l’auteur.


La couverture

 

Cette couverture est pour moi une demi-déception. D’un côté, je la trouve très belle, vraiment, rien à redire. (Décrire). De l’autre, je trouve qu’elle n’est pas du tout en harmonie avec les deux autres et, franchement, dans le cadre d’une trilogie, c’est quand même un peu bête, non ? J’entends bien qu’elle est une métaphore du contenu du livre, mais les maquettistes auraient quand même pu garder un trait commun entre les trois couvertures.


Le quatrième de couverture

"A la suite d'un soulèvement, les habitants du silo 18 sont face à une nouvelle donne. Certains embrassent le changement, d'autres appréhendent l'inconnu. Personne n'est maître de son destin. Le silo est toujours sous la menace de ceux qui veulent le détruire. Et Juliette sait qu'elle doit les arrêter. La bataille pour le silo a été gagnée. La guerre pour l'humanité ne fait que commencer."


L’histoire


On retrouve évidemment les personnages des deux derniers tomes là où on avait laissé Juliette devenue maire du silo 18. 

L'auteur nous indique toujours clairement dans quel silo on se trouve et, contrairement au tome précédent, je n'ai plus eu de soucis pour m'y retrouver, il faut dire qu'on ne voyage plus à travers les époques. Le cadre ayant été clairement dessiné, la plupart des questions ayant trouvé leurs réponses, on file droit dans l'action.

Comme je vous l'avais écrit dans ma chronique sur Silo-Origines, j'avais hâte de lire ce dernier tome et de découvrir le dénouement. Ce fut une très agréable lecture, c'est un livre que j'ai avalé  à toute vitesse. Je confirme que Hugh Howey est un auteur qui a du talent et du potentiel. 

Ce dernier tome est quand même, selon moi, le moins fouillé des trois, le moins profond quant à la psychologie des personnages. Et, personnellement, j'ai assez vite compris comment l'histoire allait se terminer. Et c'est "gentillet". Je n'ai rien contre le fait que l'histoire se termine "bien", mais j'aurais aimé ici plus de relief.

Au final, une très belle trilogie, j'ai pris énormément de plaisir à la lire, elle a provoqué en moi beaucoup d'enthousiasme, mais, je pense, comme certains, qu'il aurait fallu scinder l'histoire en deux tomes et pas en trois afin que la qualité soit d'un rendu plus constant.

Silo - Génération de Hugh Howey (2014), traduit par Laure Manceau
Est-ce que ce livre a sa place dans ma bibliothèque? Oui!




J'espère que ma petite chronique vous aura plu! On se retrouve bientôt pour d'autres lectures et d'autres aventures! 

Soyez curieux et portez-vous bien! :)

Ness Butterfly